Témoignage de Henri Morinière

            En novembre 2008, je décide de m’engager dans une psychanalyse corporelle (pc) pour 2 raisons. Premièrement, depuis une enfance très perturbée, j’ai souvent eu besoin de comprendre ce qui se passait dans ma vie, afin de mieux me connaître. Deuxièmement, malgré de nombreuses démarches thérapeutiques pour aller mieux pendant ma vie adulte bien souvent chaotique, au début de ma retraite, je continuais de traverser encore des périodes suicidaires qui pouvaient durer parfois plusieurs mois, me plongeant dans le mutisme total et la peur terrible de passer à l’acte.

            La psychanalyse corporelle (pc) permet de se connaître en profondeur, de se réconcilier de façon durable avec son passé, de transformer concrètement sa vie quotidienne et de donner du sens à son existence. Le corps au fil de son histoire, de la naissance à l’adolescence va stocker en lui nos souvenirs oubliés. La technique des lapsus corporels va progressivement réveiller la mémoire du corps où s’est incrustée l’histoire enfouie dans l’inconscient. Pour entrer dans la vie adulte, l’être humain traverse de la naissance à l’adolescence, 4 étapes traumatiques. Cela installe un mode de fonctionnement inconscient et répétitif une fois adulte. Ces 4 étapes sont à des moments précis de  la naissance, de la petite enfance, de l’enfance et de l’adolescence et vont construire notre personnalité.

            Ainsi, en explorant mon traumatisme de l’adolescence, j’ai découvert avoir été agressé sexuellement par un prêtre du collège où j’étudiais. De cela je n’en gardais aucun souvenir du fait de l’amnésie traumatique.

            J’étais entré au collège avec l’intention d’être prêtre, projet que j’exprimais depuis l’enfance.

La découverte de cette agression a été pour moi un vrai coup de massue. Pendant l’exploration de ce traumatisme, j’ai traversé beaucoup de difficultés: la honte, la colère, la peur, la soumission, les états d’un corps pétrifié dans un enfermement absolu d’où plus rien ne peut sortir ni entrer. Par moment je me sentais en ruine, en miette, liquéfié, explosé, sombrant dans un abîme infini, totalement abîmé, cassé, brisé. Souvent la progression de l’exploration de ce traumatisme stagnait, tellement les résistances du mental dans mon corps freinaient à découvrir la vérité. Le plus dur peut-être de cette expérience dans tout mon corps, jusqu’au cœur de chaque cellule, fut de me sentir être totalement abandonné, anéanti. LE NEANT…absolu. La pc permet de traverser progressivement plusieurs couches de mémoires, jusqu’à revivre l’évidence de la scène traumatique et dans un paroxysme à la folie de tension dans tout le corps pour finalement voir tout ce qu’il en est de la victime que je suis et du bourreau qu’est mon agresseur, jusqu’à dépasser cette intense douleur pour entrer dans dans un bain d’amour infini de miséricorde et de pardon total.

     Il n’y plus ni bourreau ni victime Je me sens renaître, en pleine lumière en état de grâce, de « résurrection ». Voilà que s’exprime spontanément dans tout mon corps par ma bouche les paroles suivante :

« MERCI LA VIE DE M’AVOIR TOUJOURS SOUTENU DE NE PAS EN FINIR D’ELLE ».

            Je voudrais parler aussi de l’expérience du pardon qui s’est vécu en moi. C’était une puissante délivrance de toutes mes colères, mes peurs, ma honte, mes solitudes,. Quelle joie de se sentir débarrassé, délivré de cette cuirasse caractérielle plombante et qui m’empêchait de vivre.

De retour à la maison, le lendemain je me laisse surprendre de constater que je me lève en marche avant, « HEUREUX DE VIVRE » : des mots imprononçables pour moi auparavant. Le plus grand cadeau, c’est que cela ne me quitte plus, depuis plus de 9 ans. C’était le 1er mars 2016. Je reste comblé de cette aventure qui a largement dépassé mes intentions de départ.

            Ce fut un bouleversement puissant et profond. Il m’a fallut beaucoup de temps pour l’intégrer pleinement. En parler n’allait pas de soi. Lorsque la CIASE a mené son travail d’enquête, j’y ai répondu très brièvement et anonymement. Et puis l’INIRR s’est mise en place. Avec le temps, je me sentais plus de force pour en parler et l’énergie de témoigner plus largement. Avec la qualité des travaux de la CIASE, j’ai eu confiance que l’INIRR sera à la hauteur ! En mars 2022, j’envoie un  message à la présidente de l’INIRR. Quelques jours après j’ai une réponse en retour de ma demande. Il me restait à patienter car les demandes étaient nombreuses. En janvier 2024, commencent les entretiens avec Corine ma référente. Dès le départ la qualité de son écoute m’a mis à l’aise. Ce fut intense et parfois très bouleversant. En juin, j’ai reçu la lettre de reconnaissance et de réparation de Mme la Présidente de l’INIRR . Avec cette étape qui,prolonge la précédente de psychanalyse corporelle, je me sens plus légitime d’en parler. Ainsi l’été 2024, j’ai témoigné de mon histoire à des amis, mes frères, mes sœurs et mes enfants. Leur écoute a été très attentive. Cela a permis à des personne de partager des difficultés de ce genre qu’elles ont eu à vivre et rester jusqu’à ce jour dans le silence. Belle expérience de parole libérée qui libère la parole. Par ces débuts de témoignage, je constate qu’ils contribuent à dépasser un peu plus ma situation de victime et me permettent d’assumer plus pleinement ma responsabilité de vivre

            Par ailleurs, j’ai repris le travail d’écriture de mon histoire qui est loin de se résumer à cette épisode de mon adolescence.

            J’ai également rejoint le groupe témoin qui se réuni à l’INIRR .

            Pour terminer, je voudrais dire MERCI et exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes de la psychanalyse corporelle, de la CIASE, de l’INIRR et d’ailleurs…qui m’ont tant aider et accompagner dans cette aventure au long court.  

            Henri Morinière.

PS  — un livre: «Laisse parler ton corps…», les fondements de la  psychanalyse corporelle

de Bernard Montaud, aux éditions EYROLLES, février 2018

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