Longtemps je me suis demandé pourquoi cette situation s’était abattue sur moi et j’ai pensé que j’étais en partie responsable voire coupable d’avoir été choisi par ce prêtre prédateur avant que la personne référente de l’INRR m’explique avec des mots précis la mécanique diabolique de l’emprise opérée par le violeur. J’en ai voulu à mes parents de m’avoir jeté dans la gueule du loup mais je me dis aujourd’hui qu’ils ont été eux aussi victimes du piège. Famille très croyante et pratiquante, comprenant plusieurs prêtres et religieuses, ils avaient une pleine confiance dans les représentants de l’Église. Et moi, enfant timide, je n’ai eu comme mes frères que peu d’affection par une mère trop occupée à conduire une petite ferme où elle s’est épuisée longtemps pendant que notre père allait travailler comme maçon pour nourrir la petite communauté familiale. Seuls les dimanches, et encore, leur permettaient d’être présents à leurs progéniture. Ainsi je suis parti vers 11 ans en pension dans un juvénat et ce jusqu’à 16 ans. Puis à nouveau en pension jusqu’au Bac au Collège Saint-Vincent d’où sont sortis récemment d’autres témoignages pour ce même problème. Je ne rentrais qu’aux vacances. Je n’ai pratiquement pas vécu avec mes jeunes frères.
C’est en seconde que j’ai été confié par mes parents à un « correspondant » qui était autorisé par eux à me recevoir chez lui le jeudi après-midi. Et je comprends bien l’appétit que pouvait avoir ce prêtre missionnaire dans cette situation aussi favorable pour assouvir ses projets sexuels.
J’ai exprimé déjà ce qui s’était passé et dans quelles conditions. Quelque chose s’est éclairci depuis mes échanges avec les les référents de l’INIRR. Elève moyen, plutôt littéraire et pratiquant le dessin j’ai redoublé ma classe de seconde puis ma classe de terminale, toujours perturbé, distrait, peu stable pendant cette scolarité lycéenne. Je comprends maintenant certaines conduites scolaires d’alors. Bien entendu, une sensibilité native n’a pas aidé à trouver toujours la sérénité, le calme. Pour pallier cette instabilité et enfin tenter d’aborder avec un professionnel cette situation vécue et m’en libérer peut-être, j’ai commencé à consulter un psychiatre, psychothérapeute sur les conseils de mon médecin. Je l’ai consulté très régulièrement pendant plusieurs années, il m’a prescrit deux médicaments chaque jour : Dépamide et Floxifral qui ont apaisé mon mal-être. Puis je pensais avoir fait le tour de la question , j’ai cessé ces consultations qui m’obligeaient à faire cent kilomètres, mais également parce que ce praticien m’a demandé des tarifs exorbitants. Rapidement, j’ai eu besoin de retrouver une écoute professionnelle pour calmer à nouveau le feu intérieur. Je suis allé régulièrement chez une psychologue clinicienne, à nouveau pendant plusieurs années jusqu’à sa retraite. Mon nouveau médecin personnel m’a prescrit Paroxétine et Seresta (quand la situation n’est plus tenable) ; elle m’a aussi conseillé une psychothérapeute près de chez moi cette fois, personne que je vois encore mais seulement tous les deux mois. C’est récemment que j’ai eu connaissance et été mis en relation avec l’INIRR où j’ai eu une écoute attentive et une aide adaptée et reconstructive qui m’ont permis de comprendre comment tout cela s’était passé et c’est ainsi que j’ai réussi à parler de ce vécu avec mon épouse et mes enfants, il m’aura fallu tout ce travail et tout ce temps pour me libérer de ce ténébreux secret. Ma famille m’a félicité de lui avoir révélé ce lourd passé. Je vais mieux. Un merci précieux aux intervenants de l’INIRR.


